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En France, le gouvernement de droite a fait exactement l’inverse en s’attaquant aux « 35 heures » : les Français, ces fainéants, ne travailleraient pas assez… Il est vrai que l’on ne part pas du même niveau : les Japonais travaillent en moyenne 400 heures de plus que les travailleurs français chaque année. Mais si la droite a le droit d’être réactionnaire – c’est la démocratie – et de penser que cette législation « anti-travail » conduit la France au « déclin », nous, socialistes, avons le droit (et même le devoir), de défendre la logique et le bilan de la mesure emblématique du Gouvernement Jospin.
On peut tout d’abord commencer par constater que la durée annuelle moyenne du travail décroît régulièrement depuis deux siècles, passant de 3 800 heures en 1830, à 3 000 heures en 1900, 2 100 en 1946, 1 850 en 1975 et environ 1 600 heures aujourd’hui. Cette baisse tendancielle a été permise par l’augmentation phénoménale de la productivité du travail. Celle-ci se poursuivant, il n’y a aucune raison objective pour que le temps de travail ne continue pas à diminuer.
Il faut également savoir que la réduction du temps de travail a eu des effets bénéfiques pour notre pays : elle a amplifié la croissance de l’économie du tourisme et des loisirs, premier secteur économique national avec près de 150 milliards d’euros de chiffre d’affaires, et 2 millions d’emplois directs et indirects. Par ailleurs, elle n’est sans doute pas étrangère à la relative vitalité démographique de la France. Et le renouveau rural, constaté depuis quelques années, peut aussi en partie lui être imputé : selon le démographe H. le Braz, les 35 heures « ont permis de concentrer le temps de travail sur quelques jours et favorisé le choix de double résidence ».
Enfin, si on compare les niveaux de la durée annuelle du travail dans les pays développés, on distingue trois groupes : les États-Unis et le Japon, où la durée du travail serait de l’ordre de 1 900 à 2 000 heures, les Pays-Bas et la Norvège, où elle serait de l’ordre de 1 400 heures, et les autres pays européens, dont la France, où elle s’étage de 1 550 heures à 1 800 heures. A nous de savoir si l’on veut tendre vers le premier groupe ou vers le deuxième. A priori, je n’ai pas l’impression que les modèles norvégiens et néerlandais soient synonymes d’injustice sociale et d’inefficacité économique…
Fabien CANéVET |