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Pouvoir d’achat et niveau de vie

En cette rentrée, alors que l’Elysée se démène pour exister politiquement avec le Liban, Matignon tente de jongler avec les chiffres de l’économie française. D’abord en s’appropriant la baisse du chômage. Un vieux classique : lorsque la gauche est au pouvoir, les bons résultats découleraient de la conjoncture internationale favorable. Lorsque la droite est au pouvoir, ils seraient le fruit de la politique gouvernementale. Sans parler du développement de la précarité et de la multiplication des départs en retraite, qui relativisent fortement le nombre de créations d’emplois.


Le gouvernement a également choisi de s’attaquer au sentiment général que le pouvoir d’achat a diminué. Avant les échéances de 2007, il veut envoyer des signes aux catégories défavorisées : allocation de rentrée, prime pour le transport… Il cherche à anticiper les prochaines revendications des syndicats en termes de salaire. Le secrétaire général de FO en fait d’ailleurs la priorité de cette rentrée.

C’est un fait : avec la pression du chômage, et compte-tenu de l’organisation du marché du travail, le rapport de force est aujourd’hui nettement défavorable aux salariés. Depuis longtemps, les salaires stagnent. Les profits démesurés de nombreuses entreprises, parmi les plus importantes de notre pays, ne font guère que le bonheur des actionnaires. Ils n’apportent ni les investissements de demain, ni les emplois d’après-demain.

En ce sens, la richesse produite par les salariés doit se transformer en augmentation des salaires. En effet, la question du pouvoir d’achat est particulièrement légitime quand elle découle d’une réflexion politique sur la répartition des fruits de la croissance. Cette question est également pertinente lorsqu’elle donne à respirer à ceux que l’on classe désormais dans la catégorie des « travailleurs pauvres ». Il s’agit alors de justice sociale et de politique de l’emploi. Des domaines dans lesquels notre parole de socialiste est attendue.

Toutefois, nous devons prendre garde à ne pas faire de la surenchère en matière de pouvoir d’achat. Notamment parce que nous devons tenir un discours plus global sur la question du niveau de vie, englobant par exemple la réduction du temps de travail. Notre projet de société : travailler moins, pas seulement pour travailler tous, mais également pour améliorer le niveau de vie. Et éventuellement accepter, dans certaines conditions et pour une durée limitée, une stagnation du pouvoir d’achat des salariés (de certains salariés). Car dans notre idée, le temps dégagé pour la vie citoyenne, conjugale, domestique… ce temps-là est producteur de richesse et compense (sauf pour les travailleurs à revenus modestes) un pouvoir d’achat freiné. La finalité : le niveau de vie. A ne pas confondre avec le pouvoir d’achat.

François Devaux


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